aux pouvoir des matraques, opposons la patience

Contre la répression et le pouvoir des matraques, opposons la non-violence, la patience et l’action bénéfique.

Suite à un échange de tweets que nous avons eu hier, Gérard et moi, je découvre son nouveau mini-show. Réaction… épidermique : je ne suis presque pas tout à fait d’accord !

Je développe dans ce billet ce que j’ai tenté de dire par tweets hier. Alors ok, Gérard, le constat est bon. Mais le bémol que je mets a son importance, c’est celui qui s’oppose au pouvoir des matraques, plutôt que des poings levés : la non-violence et la patience.

Je pense que les changements que doivent subir nos sociétés sont  énormes.

Jamais dans l’histoire de l’humanité, les humains n’ont pu communiquer d’individu à individu aussi facilement et jamais autant qu’aujourd’hui l’avenir et même la survie de l’humanité n’avait à ce point été menacée. Les crises sont multiples et liées. Nous sommes à présent conscients de notre interdépendance et de notre dépendance à la vie sur Terre. Ce n’était encore jamais arrivé. Et nous sommes tous témoins de la vie des autres, partout.

Au lendemains des printemps

Dans le désespoir amené par telle ou telle situation devenue localement intolérable, des groupes humains se révoltent, sortent dans la rue et se retrouvent nez à nez avec les matraques, les gaz lacrymo, la répression, puis les balles, les chars, la torture, la mort. Pour quoi, pour quels changements ? En Tunisie, en Lybie, en Egypte, en Syrie aussi je l’espère, la révolte apportera des améliorations. Mais hélas, peu de chance que ce soit de manière égale, ni même de manière certaine, ni forcément durable. Dans le désordre et le chaos, le risque de repartir en arrière pour quelques années est grand. En tous les cas, pas négligeable.

En France, pays grand exportateur d’armes et de systèmes de contrôle,

la contestation du système de société et des pouvoirs en place peut-elle encore se faire dans la rue ? Mais surtout, le voulons-nous ? Quand il s’agit de faire passer un message, oui, nous sortons les pancartes. Pas moins de pouvoir d’achat, pas plus de travail, pas moins d’acquis sociaux, pas de Fukushima chez nous, etc. Que le pouvoir nous écoute, ou pas, peu importe. Passés quelques moments de grogne, chacun rentre chez soi, bien défoulé après avoir marché coude à coude quelques heures et chanté quelques slogans dans une belle manif organisée proprement par les syndicats et les partis sur le parcours désigné par la préfecture. Un peu de vapeur a été relâché par la soupape. Tout rentre dans l’ordre. On regrognera demain parce que les négociations entre les syndicats et le gouvernement ne donnent pas un résultat à la hauteur des espérances. On grignote les biscuits qu’on nous jette, mais comme d’hab, rien ne change fondamentalement.

Ah si ! Ah oui ! Il y a les élections.

Tiens, nous venons d’ailleurs de changer de parti au pouvoir. Chouette ! Nous aimons le changement, à condition de savoir ce qui nous attend. Nous sommes un pays de vieux. La moyenne d’âge des votants est de 50 ans. La plupart des votants a donc déjà connu les gouvernements successifs de la gauche, de la droite et de cohabitation dans ce pays.

Regardez donc les chiffres.

Je vous donne ceux que j’ai récolté à Rennes, la grande ville la plus proche de chez moi. Les plus grosses manifs des dernières années, celles qui sont bien organisée par les syndicats et partis, ont rassemblé entre 40 et 60 000 personnes (anti-nucléaire, retraite, contre les OGM). Lors de la dernière élection présidentielle, les votes qu’on nomme habituellement  « contestataires », sont de 59 901 voix pour Jean-Luc Mélenchon, 7 066 voix pour Philippe Poutou, 3 876 voix pour Nathalie Arthaud d’un côté, 71 727 pour Marine Lepen de l’autre. Au printemps 2011, lors des manifs des Indignés, nous avons atteint le chiffre record d’environ 250 à 300 personnes au plus fort du mouvement.

Rennes, « Indignés » printemps 2011.

Peu après la Place de la Mairie de rennes recevait 7000 personnes pour un opéra de Mozart gratuit en plein air. En décembre dernier j’ai vu à la Défense, le campement d’une petite douzaine d’Indignés encerclé par 9 véhicules de la gendarmerie, soit environ 70 gendarmes je crois, dans un décor de marché de Noël au milieu des tours de verre et d’acier des plus grandes entreprises du CAC40. Et la foule faisait ses courses pour les réveillons. Pitoyable.

La Défense, « Indignés » décembre 211 (au 1er plan à droite).

C’est pourquoi je pose la question : voulons-nous vraiment changer ? et surtout, comment ?

Ah, ce n’est pas que nous  soyons totalement aveugles aux problèmes actuels, non, mais ça nous coûte de remettre à plat nos vies, nos convictions, nos acquis sociaux ou matériels et même nos habitudes. Face à notre gouvernement démocratiquement élu et face aux lobbying des multinationales et des banques, sommes-nous de taille à nous lever de front et marcher dans la rue ? Nous, les Français, nous souhaitons préférons passer une bonne retraite. Non ?

Tenez, nous savons tous

que manger bio est meilleur pour la santé, pour la nôtre et pour celle des agriculteurs, meilleur pour la planète (donc pour l’espèce humaine, c’est-à-dire pour nos gosses) et même pour le porte-monnaie. Oui, c’est prouvé. Le faisons-nous ? Non. Parce que c’est difficile. Il faut arrêter d’aller au supermarché et aller au marché, s’inscrire à une AMAP, cuisiner des légumes de saison. Le changement est trop radical.

Nous savons tous que les villes sont polluées, l’air et l’eau archi-pollués et que ça serait plus juste de voir les pollueurs être responsables de nos maladies respiratoires, de nos gastro-entérites, de nos cancers, de nos maladies d’Alzheimer et de Parkinson. Nous savons que ça serait plus juste que les pollueurs payent pour les plages et les ports souillés de pétrole. Nous le savons, mais nous ne réclamons pas le droit à respirer de l’air frais ni à boire de l’eau propre. Pourquoi ? Parce qu’il faudrait payer plus cher les produits des pollueurs. Mais ça nous changerait trop. On préfère se laisser empoisonner et se faire soigner avec les sous de la sécu. Et les médocs… d’entreprises polluantes !

Nous savons qu’on peut se passer du nucléaire sans revenir à la bougie, ça fait 30 ans que les écolos nous le disent. Des solutions, ils en ont des paniers garnis ! Nous savons que le Japon peut le faire et le fait parce qu’il se prend des radiations dans le bide. Nous le savons, mais nous n’avons pas envie de modérer nos dépenses d’énergie, ou si peu ! Pourtant c’est facile d’éteindre la lampe de la pièce qu’on quitte, d’éteindre ses appareils au lieu de les laisser en veille à la pause de midi, d’éteindre les enseignes passé minuit. Nous le savons, mais nous votons pour un président qui nous dit le contraire parce qu’il ne veut surtout pas se fâcher avec ses sponsors.

Nous savons tous que les banques nous exploitent jusquà la moelle.

Nous savons maintenant qu’il ne faut pas leur emprunter d’argent. Et pourtant nous les utilisons encore et encore. Qu’est-ce qui nous empêche de nous débrouiller autrement ? Nous sommes bien capables d’emprunter un stylo, un livre, quelques pièces… Pourquoi ne nous organisons-nous pas pour emprunter plus, entre nous ? Il existe des systèmes d’échange locaux, des monnaies alternatives, des sites sur internet, de la matière grise pour inventer d’autres solutions !

Nous savons qu’on peut éradiquer la misère. Mais oui, cherchons sur internet… ah tiens donc, c’est quoi le revenu de base ? Bof, trop compliqué, trop nouveau. Pensons donc ! Recevoir chaque mois un pécule pour jouer au monopoly de la vie ? Utopie des utopies, comme disait Fabius ! Évidemment. Il vaut mieux arriver sur le marché du travail au sortir de l’adolescence, sans rien dans les poches que ce que nous donnent les parents, quand ils le peuvent, pour mieux emprunter aux banques de quoi se rendre esclave à vie. C’est comme ça.

Bref, des solutions, on en a,

mais pour les appliquer, faudrait se remettre en question. Individuellement déjà. Chacun ici et là. Toi et moi. Dès à présent.

Seulement ça, c’est long, ça prend du temps et quand on est une population de vieux c’est encore plus long. En même temps, soyons optimistes ! Espérons que lorsqu’on change, c’est pour de bon.

Alors, informons-nous. Échangeons-nous encore et encore des infos, des trucs et des bidules pour changer nos vies petit à petit. Faisons « tache d’huile » autour de nous. Créons des associations pour nous entraider. Faisons les courses au marché pour la vieille voisine, elle proposera garder le chat pendant le week-end. Faisons des aprèms échange de frippes-couture-retouches entre copines. Faisons goûter nos petits plats bio aux amis. Rassemblons-nous pour créer une AMAP, pour faire un potager dans l’espace vert au pied de l’immeuble, pour s’offrir la couverture d’un supermarché en panneaux photovoltaïque ou pour projeter une ferme d’éoliennes.

Que chacun se fasse un peu violence et modère sa consommation générale d’âneries, de télé, de malbouffe, de fringues de mode, de matos matuvu, de bagnole inutile ou trop puissante. Mettons à l’honneur le partage, le pair à pair, l’échange, le réemploi, le don, le recyclage. Rendons ringard le neuf , le jetable et le produit non équitable.

Devenons chaque jour un peu plus un être qu’un « paraître ».

Et que vive l’évolution !

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Une réponse à aux pouvoir des matraques, opposons la patience

  1. gildas dit :

    correct de lucidités !

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