Corinne Lepage et le Grenelle

Corinne Lepage : le Grenelle
envoyé par mouvementdemocrate

Y aura-t-il une révolution verte ?

http://corinnelepage.hautetfort.com/archive/2007/10/29/y-aura-t-il-une-revolution-verte.html

Le
discours du président Sarkozy concluant les cinq mois travaux de
Grenelle de l’environnement constitue incontestablement un changement
de cap de la part de la présidence de la république. C’est le moment de
faire un premier constat de ce qui est acquis et de ce qui reste à
acquérir.

Trois avancées majeures sont intervenues :

  • tout
    d’abord, un changement considérable dans la manière de travailler. Les
    groupes de Grenelle qui ont conduit toutes les parties prenantes qui
    avaient davantage l’habitude de se regarder en chiens de faïence que de
    travailler ensemble est une innovation dans le fonctionnement d’une
    société qui était largement bloquée. Les O.N.G. ne sont plus considérés
    comme des empêcheurs de tourner en rond mais bien comme des précurseurs
    et des partenaires indispensables pour opérer la révolution nécessaire.

  • Le
    président de la république, après l’allocution particulièrement
    convaincante d’Al Gore, a tenu à réaffirmer la responsabilité qui était
    la nôtre et à tordre le cou au déni de réalité que certains ont voulu
    propager au cours des dernières semaines. En soulignant l’intérêt du
    principe de précaution et en faisant sienne la thèse de
    l’internalisation des coûts externes dans les prix, il a montré un cap
    radicalement différent de ceux qui avaient été tenus dans le passé.

  • Le
    discours dans son ensemble constitue un projet mobilisateur pour la
    France. L’écologie est devenue ce qu’elle aurait dû être de plus de
    longues années c’est-à-dire un projet fondateur capable de mobiliser
    les acteurs économiques, de donner un sens à notre développement et de
    nous permettre d’assumer la responsabilité historique et la nôtre.

Pour
autant, le pari n’est pas gagné car les obstacles restent nombreux pour
que la France non seulement rattrape son retard au niveau de l’Europe
mais encore réponde aux voeux du chef de l’État de devenir un leader
dans le domaine des politiques de développement durable et des
nouvelles technologies environnementales.

  • Le
    premier obstacle est incontestablement celui des moyens. Le discours du
    président de la république reste assez vague sur les financements et en
    particulier sur la possibilité d’instaurer dans des délais courts une
    taxe carbone, quel que soit le nom qu’on lui donne. Le principe de
    flècher les crédits venant de l’environnement aux opérations de
    reconversion écologique et le plus largement de le développement
    écologique est excellent mais, il se heurte en l’état au principe de
    spécialité budgétaire et il conviendra en toute hypothèse de commencer
    par déterminer lesdits crédits. Au rang des outils, il convient
    également de citer les instruments juridiques qui devront se mettre en
    place et bouleverser très largement les procédures actuelles comme les
    déclarations d’utilité publique, les règles de responsabilité ou encore
    l’information du public. De même, si le moratoire partiel sur les OGM
    est une bonne nouvelle, l’essentiel dépend bien sûr de la loi qui sera
    votée et en particulier de l’étendue de la responsabilité des
    producteurs d’OGM, des agriculteurs qui les planteront et surtout les
    détenteurs de brevets. L’obligation d’analyser les risques et en
    particulier de donner corps à la directive communautaire qui exige des
    études préalables sur l’impact sanitaire devra également être
    particulièrement soignée.

  • Ceci conduit à la deuxième
    difficulté qu’est celle de convaincre les élus à commencer par les
    parlementaires. La fondation nationale des sciences politiques avait
    publié voici quelques années une étude consacrée aux parlementaires et
    l’environnement. L’étude était accablante puisque 3 % des
    parlementaires seulement considéraient que l’environnement est une
    priorité et la comparaison des réponses qu’ils apportaient aux
    questions posées par rapport aux réponses apportées par un panel de
    citoyens illustrait cette statistique redoutable. Le premier débat
    parlementaire sur le Grenelle a montré que malheureusement cette
    culture perdurait. La révolution culturelle devra donc toucher les
    parlementaires pour que les textes puissent être modifiés. De la même
    manière, il conviendra qu’au niveau local, les propos du Président de
    la république soient suivis d’effet. Comment comprendre en effet que ,
    par exemple, le président du conseil général des Yvelines ait annoncé
    que le jour même de la conférence de presse du président de la
    république le le renforcement de la politique routière du département,
    au mépris eux deux de toute considération relative au bilan carbone ou
    que les les élus de la Côte d’Azur aient utilisé la réunion régionale
    de Grenelle pour relancer le programme de ligne à très haute tension
    dans le Verdon que le conseil d’État a annulé voici six mois. Les
    Français seront convaincus de la volonté politique de l’État lorsqu’ils
    en verront les résultats sur le terrain.

  • Or, et le
    président de la république l’ a dit mezza voce, les pressions vont se
    faire très fortes de la part de tous ceux, conservateurs de tout poil
    qui ne veulent surtout pas voir changer les choses. Des intérêts
    économiques extrêmement puissants vont s’efforcer, dans les semaines
    qui viennent, de réduire l’impact des changements pour pouvoir
    continuer des activités incompatibles, sans évolution, avec l’urgence
    écologique. C’est donc dans la transformation des instruments de
    gouvernance et dans le renforcement d’un contre-pouvoir environnemental
    réel, capable de dialoguer avec les lobbys en place que l’essentiel va
    se jouer. Sans modification des rapports de force, la révolution verte
    ne pourra se mettre en place.

Si
ces 3 obstacles sont franchis, la France aura vraiment changé et pourra
envisager de parler environnement à l’Europe, voire au reste du monde.
Les actes valent plus que les paroles et la valeur de l’exemple plus
que tout le reste. Mais ne nous y trompons pas. Si nous étions capables
d’accomplir cette révolution culturelle, elle ne resterait pas limitée
à la question écologique. En effet, ce qui motive cette transformation,
c’est la restauration de l’éthique et de la responsabilité comme mode
de gouvernement. Dès lors, ce changement majeur ne pourrait se
cantonner à la question écologique et devrait obligatoirement irriguer
puis transformer toutes les autres politiques publiques. Il s’agit là
d’un autre chantier

Corinne Lepage – 29/10/07

Corinne Lepage tient aussi une chronique tous les lundis matin sur France Culture à 7h25

 

   

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