Grenelle, où en sommes-nous ? Discours du Président et Rapport du rapporteur

Voici déjà 2 semaines que le Grenelle de l’environnement est clos, mais qu’il doit se poursuivre, parait-il pendant une année. Que peut-on en penser ?

Outre les recherches habituelles sur les moteurs de recherche, je reprends quelques infos sur la note bien documentée de Luc sur Gaïa, qui par ailleurs me semble bien optimiste : La France lance sa révolution écologique. Il donne le lien sur la video du discours du Président de la République la veille de l’issue du Grenelle, prononcé en présence de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et d’Al Gore et Wangari Maathaï, prix Nobel de la Paix. Je découvre ainsi le site de L’Elysée. J’avoue que je n’avais encore jamais pensé à revisionner des discours de présidents français, habituellement largement repris par les medias classiques, radios, télés.

Luc donne aussi le lien vers un document (en .pdf) sur le site officiel du Grenelle, le Rapport du rapporteur général et cet article du Nouvel Obs qui résume les principales mesures adoptées à l’issue du Grenelle, que je copie dans les annexes en bas de page. Je vous colle ci-dessous le « propos liminaire » du rapport du rapporteur qui donne déjà une bonne idée de l’ensemble. Je crois y lire quelque chose comme : « sorties de secours diverses et variées assurées de tous côtés ».

Propos liminaire

Le présent rapport est fondé sur les rapports des six groupes de travail et des deux intergroupes du Grenelle, l’analyse des contributions volontaires et les synthèses des débats en province et de la consultation internet. Il ne constitue cependant pas un résumé des travaux, qui aurait par nature été réducteur au regard de leur très grande richesse, et de toute façon contesté, mais tente de dégager un cadre de cohérence pour l’action publique et de trouver un chemin critique là où la discussion des groupes n’a pas permis d’aboutir à un accord. Il double cet exercice de synthèses transversales.

Il ne saurait être lu comme l’exposé d’un programme, et encore moins comme la sélection ou la hiérarchisation des propositions, mais comme le  socle de ce qui pourrait être une stratégie de développement durable fondée sur le triple objectif de lutte contre le réchauffement climatique, de préservation de la biodiversité et de réduction des pollutions. En ce sens, il est conçu comme un exposé des motifs de la future loi de programme dont s’accompagnera la mise en œuvre du Grenelle et devra bien entendu être adapté aux résultats des discussions de la table ronde et aux décisions politiques qui les suivront.

Thierry TUOT, rapporteur général

Le site @rrêt sur images (à défaut de l’émission télé disparue des écrans) quant à lui, décerne le Grenelle de la présentation à France 2. Aurélie Windels déchiffre habilement les images vues et les phrases entendues sur cette chaîne et jette un doute, comme un pavé dans la mare, sur l’euphorie collective et le triomphalisme affiché des acteurs, medias classiques compris, de ce Grenelle.

Je ré-écoute le discours du Président. Le jour même, je n’avais pas pu l’entendre en entier. Tout parait magnifique, la France pays de la Révolution et des Droits de l’Homme (pas encore des Droits Humains, mais bon, les Femmes ne sont que la deuxième moitié de la population) va faire La Révolution Ecologique et devenir le Modèle de l’Humanité.

Premier point qui me fait bondir : la question des déchets. A l’heure de ce discours et même encore aujourd’hui la question des déchets n’est pas résolue. Mais comme le Grenelle va se prolonger une année, on verra bien. Non, ce qui me fait hurler, c’est l’oubli systématique des déchets nucléaires !

Je lis le rapport du rapporteur p.9, passage sur les déchets nucléaires :

Enfin, la délicate question des déchets doit faire l’objet
d’orientations et d’un suivi destiné à ne pas créer – comme la loi en a posé le
principe – l’irréversible au regard de solutions techniques permettant d’en disposer
de façon plus sûre, non encore connues mais qu’une recherche appropriée
pourrait un jour permettre de définir. Comme pour d’autres domaines (déchets
d’autre nature, CO2, biodiversité), le coût environnemental de ces déchets doit
être clairement affiché (sa prise en compte actuelle suscite des controverses
qu’un débat plus large et plus transparent doit traiter).

Au moins, le sujet est évoqué dans le rapport, c’est rassurant ? J’en ressors ces mots : « solutions techniques […] non encore connues mais qu’une recherche appropriée pourrait un jour permettre de définir ». La Recherche a de beaux jours devant elle et de quoi s’occuper. C’est tellement énorme, c’est vrai qu’il vaut mieux ne pas en parler,
de toute façon personne n’a de solution. Et comme on n’a pas de
solution pour les déchets nucléaires et que le nucléaire, comme les ONG
qui représentent les préoccupations des Français sur ce point,  n’ont
pas été invités au Grenelle on n’en parle pas. Et de plus, le nucléaire
est présenté comme une solution écologique !

Longtemps dominée par la perspective d’un épuisement des ressources en hydrocarbure, la politique énergétique l’est désormais toute entière par les impératifs de la lutte contre le réchauffement climatique. Il faut souligner que la France est dans une situation d’avant-garde à cet égard, combinant les atouts d’une production d’énergie renouvelable très significative grâce au parc hydroélectrique construit tout au long du XXème siècle, et d’une production d’électricité nucléaire qui rejette très peu de CO2 dans son fonctionnement.

Deuxième point, en relation avec le premier puisqu’il s’agit encore du nucléaire, c’est la formidable transparence qui me révolte. Elle est formidable, énorme, effrayante cette transparence décrétée par le Président ! On vous dira tout, absolument tout ! Les Français ont le droit de savoir et même de se faire leur propre opinion (allons bon ?). « Toutes les données seront désormais communicables, y compris sur le nucléaire et les OGM ». Petit bémol à bien écouter : « les seules limites seront le secret de la vie privée » et là il fait très fort Monsieur le Président en évoquant d’un hochement de tête, d’un sourire faussement crispé et de la phrase posée entre parenthèses « … beaucoup à faire en la matière », sa propre vie privée soi-disant mise à mal par les médias. Des médias qui je le rappelle, appartiennent tous à des amis proches, comme MM. Bouyghes, Lagardère et Dassault, marchands d’armes par ailleurs mais c’est un autre sujet. Quoique … Donc tout le monde se détend, la petite phrase qui suit est-elle entendue ? : « sauf également ce qui concerne la sécurité nationale et le secret industriel ». Tiens, donc, mais c’est justement exactement cela qu’on reproche au nucléaire, d’être couvert par le sercret défense ! Et aux OGM, d’être couverts par le secret industriel ! Qu’y a-t-il de changé ? Je reviens sur « les Français ont le droit de se faire leur propre opinion ». La mienne est très mauvaise.

Je continue l’écoute du discours.

Troisième bondissement suite à l’affirmation : « celui qui pollue doit être comptable de ses actes même après des années si un drame survient ». Très bien ! La pollution générée par les centrales nucléaires va donc pouvoir être punie ? Quand je pense que la centrale de Brennilis a fonctionné 18 ans, que cela fait 22 ans qu’elle est en cours de démantèlement et que les travaux ont été arrêtés à cause de déchets radioactifs et d’une « forte sous-évaluation » de l’activité radiologique. La radioactivité, c’est de la pollution, non ? Je précise qu’il y en a encore 54 centrales sur 57 qui arrivent en fin de vie. A-t-on une solution pour leur démantèlement ? Ou leur prolongation dans la sécurité ? Mais comme le dit le Président « on ne peut pas être responsable le matin et irresponsable l’après-midi ». Rassurons-nous, les coupables de pollution seront punis.

Suit le passage de la suspension de la culture commerciale d’OGM pesticides en attendant une loi prévue pour début 2008, c’est à dire pendant l’hiver. Risible, ou comme le dit Isabelle Fontenoy, j’arrête de fumer jusqu’à la prochaine clope. Par contre, les faucheurs seront punis.  Rire jaune. Et pourquoi une loi ? Le principe de précaution, sauvé des griffes d’Attali, et dont le Président s’excuse vis-à-vis de l’Europe en la personne de M.Barroso, ne peut-il pas suffire à en interdire la culture en pleine champ, alors qu’on sait pertinemment qu’il est impossible de cultiver des OGM et des organismes naturels côte à côte ? Et à part ça, la culture d’OGM non commerciale reste autorisée ? Et celle des OGM non pesticides aussi ? Et de plus, la suspension en question n’inclut pas les « OGM d’avenir » pour lesquels « la recherche doit être accélérée ». Pas en plein champ, j’espère !

Dans la foulée, retour sur le nucléaire.

« Il est illusoire en France de vouloir relever le défi du climat, notre premier défi, sans l’énergie nucléaire. Aujourd’hui nous n’avons pas d’autre choix, sauf à renoncer à la croissance ». Vais-je réussir à écouter jusqu’au bout ? Quand j’entends un ramassis de mensonges et un paquet d’absurdité, j’avoue perdre mon calme. Arrêt momentané de la video, reprise du rapport p.9 :

L’industrie nucléaire reste certes l’objet de controverses qu’il ne faut pas sous-estimer. Une opposition de principe demeure de la part de certaines ONG environnementales, qui mettent en avant les risques liés à la gestion des déchets. Mais cette opposition se heurte à un état de fait : la France ne peut aujourd’hui pas se passer de l’électricité nucléaire. Ceci pour deux raisons : d’une part parce qu’elle représente 75% de sa consommation d’électricité, assure une large part de sa sécurité énergétique et de son indépendance, tout en protégeant les consommateurs des à coups du marché, d’autre part parce qu’il est impossible d’envisager la réduction des émissions de CO2 qu’appelle l’objectif du facteur 4 en se privant de cet atout. 

Il est pourtant incontestable que l’énergie nucléaire est une réponse partielle et temporaire aux besoins français : partielle parce que l’électricité ainsi produite ne peut répondre à tous les besoins, temporaire parce que consommant une matière première (l’uranium) qui si elle est disponible et abondante n’en est pas moins à terme finie et sujette aux aléas éventuelles de toutes matière première en termes de sécurité d’approvisionnement. D’autre part, les déchets nucléaires, aussi longtemps qu’une solution pérenne d’inactivation (par réutilisation) n’a pas été trouvée, suscite des angoisses qu’on peut trouver disproportionnées  relativement aux autres déchets dangereux, mais pas infondées au regard de leurs propriétés.

Ok, donc je suis parano quand je répète que le nucléaire n’est pas une énergie d’avenir mais des dangers à venir, mais ce n’est pas tout à fait injustifié. Pourquoi alors ne pas stopper tout nouveau projet de centrale pour se consacrer au développement des énergies renouvelables tout en faisant parallèlement de gros efforts d’économie d’énergie ? Parce que : « nous n’avons pas d’autre choix, sauf à renoncer à la croissance ». Evidemment. Mais les ressources de la Planète ne sont pas infinies M. le Président. C’est d’ailleurs le tout début de votre beau discours. Jusqu’où devons nous croître puisque vous l’avez dit vous-même nous avons déjà dépassé les bornes des limites !

Bien, j’ai écouté le discours jusqu’au bout, j’avoue que lorqu’on l’écoute rapidement comme je viens de le faire pour la seconde moitié, on peut être séduit, convaincus que quelque chose de nouveau arrive. Mais je reviendrais sur la seconde partie plus en détail car j’ai une extrème méfiance envers les beaux parleurs, il reste à la décrypter en parallèle avec le rapport. J’y reviendrais aussi parce que je ne comprends pas vraiment pourquoi Mme Alliot-Marie s’amuse autant à la fin de l’allocution, lorsque M. le Président fait remarquer qu’aucun membre des ONG présentes n’est sorti de la salle avant la fin.

Tout en reconnaissant que ce Grenelle est une expérience intéressante, dont les prolongations qui devraient s’étaler sur une année doivent être suivies avec attention, je reste dans le doute. Est-ce un bon exemple pour les autres pays ? Finalement très loin d’être aussi optimiste que Luc, je pense que nous devons rester vigilants. Le modèle n’est peut être pas celui qu’on essaye de nous faire voir. Rappelons-nous le grand super show des présidentielles, c’était il y a à peine six mois. On nous a fait croire qu’il n’y avait que deux solutions pour notre avenir : taper 1 si vous voulez Sarko, tapez 2 si vous voulez Ségo.

Imaginez que toute cette mise en oeuvre du Grenelle ne soit qu’une opération de communication. Imaginez qu’elle soit destinée à rassurer le consommateur afin de le libérer de toute contrainte. Le consommateur est tranquille puisque le gouvernement, en concertation avec les divers représentants de la société civile, syndicats, entreprises, ONG, élus et administrations le décharge de sa responsabilité dans la dégradation de notre environnement, du réchauffement climatique, des pollutions diverses et de l’extinction généralisée des espèces.

Imaginez un Président de la République plus médiatique que
démocratique. Imaginez qu’en parallèle du Grenelle, on nous rebatte les
oreilles de la dette française, de la nécessité de relancer la
croissance. Imaginez que la France se glorifie de vendre des centrales
nucléaires, des avions de guerre, des super gros avions de lignes. Imaginez un Président de la république plus VRP des lobbies que représentant du peuple du pays qu’il préside.

Imaginez que les grosses entreprises internationales reprennent à leur compte ce souci de préserver l’environnement par une communication performante dénuée de toute moralité. Que la conscience écologique du consommateur soit utilisée comme un argument de vente à tout va. Que le blanchiment écologique (greenwashing) soit ce qu’il y a de plus « branché » dans l’univers de la com. Que paraître écolo soit « tendance ».

Imaginez.

Ceci dit, Halloween est passé, c’est les promo de Noël en ce moment, ne perdez pas votre temps à lire  sur internet des âneries d’extrémistes adeptes des théories du complot, courrez au supermarché !

Nessy, d’humeur massacrante.

 


Quelques articles post-Grenelle :

Des mesures qui vont dans le sens des ONG

LE MONDE | 26.10.07 | 14h57  •  Mis à jour le 26.10.07 | 17h59

Le
travail préparatoire mené au sein des groupes du Grenelle a été crucial
: les mesures les plus ambitieuses ont été prises dans les domaines qui
avaient été le mieux défrichés. Au contraire, l’examen de la question
des déchets, trop peu discutée en amont, a été repoussé de trois mois.

A l’issue du processus, les participants à cet exercice inédit ont tous affiché leur satisfaction. Nicolas Hulot a donné un « 18 sur 20, pour se laisser une marge de manoeuvre ». « Franchement, on est entré dans l’ère de l’écologie, on est passé à l’action »,
s’est-il félicité. Tout en disant rester vigilantes, les ONG ont
globalement salué les ambitions affichées, qui correspondaient pour la
plupart à leurs attentes. France Nature Environnement « prend au mot le président et poussera pour que cette volonté politique ne s’essouffle pas ». L’Alliance pour la planète prend acte d’un « changement de culture » mais affirme que M. Sarkozy « n’a pas dépassé les contradictions françaises » sur le nucléaire et les déchets.

Pour la CFDT, François Chérèque a salué des « objectifs ambitieux ». Jean-Christophe Le Duigou, de la CGT s’est aussi dit satisfait : « Il faut maintenant trouver les financements pour toutes ces opérations », a-t-il prévenu. Laurence Parisot, présidente du Medef, salue « de bons équilibres entre la nécessité d’intégrer les intérêts écologiques, tout en respectant les intérêts économiques ». Revue des principales mesures.

BÂTIMENT

Généralisation des normes de basse consommation énergétique dans le logement neuf et les bâtiments publics (50 Kwh/m2/an
à partir de 2010) ; rénovation thermique des logements et bâtiments
existants, l’Etat s’engageant à effectuer cette rénovation dans les
cinq ans ; mise en place de mécanismes incitatifs (crédits d’impôt et
prêts).

TRANSPORTS

Arrêt de l’augmentation des capacités routières et aéroportuaires, sauf « cas de sécurité ou d’intérêt local »
; construction de 2 000 km de lignes ferroviaires à grande vitesse
d’ici à 2020 ; création d’autoroutes ferroviaires (nord – sud-est et
nord – sud-ouest) et maritimes (atlantique et méditerranéenne).

Réduction de moitié de la consommation de carburant et des émissions de C02
du transport aérien d’ici à 2020 ; création d’une éco-pastille
favorisant les véhicules neufs les moins polluants et finançant une « prime à la casse »
; instauration d’une écotaxe kilométrique pour les poids lourds sur le
réseau routier, hors autoroutes ; possibilité d’expérimentation des
péages urbains pour les collectivités locales ; rétablissement de la
contribution de l’Etat au financement des transports en commun en site
propre.

ENERGIE

Etude de la création d’une
contribution climat-énergie (ou taxe carbone) basée sur la consommation
en énergie des biens et services ; interdiction des lampes à
incandescence en 2010 ; développement des énergies renouvelables afin
de dépasser 20 % de la consommation d’énergie d’ici à 2020.

SANTÉ

Interdiction
à la vente, dès 2008, des produits phytosanitaires ou matériaux de
construction et de décoration contenant des substances « extrêmement préoccupantes »
; déclaration obligatoire de la présence de nanomatériaux dans les
produits grand public ; plan sur la qualité de l’air avec fixation d’un
seuil de 15 µg/m3 de particules fines, obligatoire en 2015.

AGRICULTURE

Triplement
de la part de l’agriculture biologique, pour atteindre 6 % de la
surface agricole utile en 2010, et introduction d’au minimum un repas
bio par semaine dans les cantines ; réduction de moitié de l’usage des
pesticides, « si possible d’ici dix ans », en accélérant la
diffusion des techniques alternatives, sous réserve de leur mise au
point ; gel des cultures d’OGM jusqu’aux conclusions d’une expertise
menée par une autorité indépendante ; adoption future d’une loi sur la
coexistence entre les cultures.

BIODIVERSITÉ

Création
d’une trame verte reliant les espaces naturels qui pourra devenir
opposable aux nouveaux projets d’aménagement ; une mission d’expertise
a été nommée pour décider de l’avenir du projet de mine d’or près des
marais de Kaw en Guyane.

Gaëlle Dupont et Gilles van Kote


Calendrier

Les suites du Grenelle vont s’étaler sur une année.

Mi-décembre :
présentation de quinze à vingt programmes opérationnels reprenant les
conclusions du processus de consultation ; mise en place de comités de
suivi et d’évaluation ou comités de pilotage sur différentes
thématiques.

Janvier 2008 : présentation d’un projet de loi sur les OGM ; fin du délai supplémentaire de consultation sur la question des déchets.

Mars-avril, juillet et octobre 2008 : points d’étapes par les comités de suivi et d’évaluation.

15 juin 2008 : remise des conclusions du groupe de travail sur l’urbanisme.

1er semestre 2008 : présentation d’une loi d’orientation sur l’environnement.


Lutter contre le « dumping environnemental »

Le
président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, est
prévenu. Nicolas Sarkozy compte sur Bruxelles pour l’aider à mettre en
oeuvre sa politique écologique, et profitera de la présidence française
de l’UE, au cours du deuxième semestre 2008, pour soumettre aux autres
pays plusieurs idées. Parmi celles-ci figurent l’introduction d’une TVA
à taux réduit pour les produits propres et l’instauration d’une taxe
aux frontières pour les produits importés de pays ne faisant aucun
effort pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. La
question d’une contribution énergie-climat, dont le président a retenu
le principe, sera également posée.

En contrepartie, le chef de
l’Etat a promis à M. Barroso de soutenir ses propositions les plus
ambitieuses. Il est loin d’être sûr que cela suffise à convertir le
chef de l’exécutif bruxellois à la lutte contre le « dumping
environnemental » que la France veut engager.

Article paru dans l’édition du 27.10.07

   

Les principales mesures décidées par le Grenelle

NOUVELOBS.COM | 29.10.2007 | 18:58

Agriculture,
bâtiment, fiscalité… les principales propositions retenues par les
participants du Grenelle, après arbitrage de Nicolas Sarkozy.

Voici
les principales propositions retenues par les participants lors des
deux jours de tables rondes du Grenelle de l’environnement, après
arbitrage du président de la République jeudi 25 octobre.

Agriculture
– Objectif de réduction de moitié dans les dix ans « si possible » (Sarkozy) de l’usage des pesticides « en accélérant la diffusion des méthodes alternatives et sous réserve de leur mise au point ».
– Suspension des cultures commerciales d’OGM « en attendant les conclusions d’une expertise à conduire par une instance créée avant la fin de l’année » (Sarkozy).
– Une loi sur les OGM proposée au parlement en janvier, actera la
création d’une Haute autorité indépendante, les principes de
responsabilité, de transparence (carte des surfaces concernées) et de
précaution. Elle tranchera la question des essais en plein champ pour
la recherche.
Bio :
augmentation à 6% en 2012 et 20% en 2020 (contre 2% actuellement) la
part des surfaces agricoles consacrées aux cultures biologiques,
soutenues par l’assurance de recevoir 20% des commandes de la
restauration collective publique. Nicolas Sarkozy promet un repas bio
par semaine dans les cantines.

Biodiversité
– création d’une « trame verte » reliant les espaces naturels pour favoriser la circulation des plantes et animaux.

Transports
Eco-pastille
avec une ristourne à l’achat pour les voitures neuves les plus sobres,
financée par un malus annuel sur les voitures les plus polluantes. Son
produit financera une « prime à la casse » pour renouveler le parc
(Sarkozy).
Eco-taxe kilométrique sur les poids-lourds, hors autoroutes, avec une mise en place effective en 2010
Gel des nouvelles routes
et autoroutes sauf « cas de sécurité ou d’intérêt local ». La création
d’aéroports « doit correspondre à un déplacement de trafic pour raisons
environnementales ».
– Développement du fret ferroviaire avec lancement de deux nouvelles lignes nord/sud-est et nord/sud-ouest.
– Doubler les lignes TGV avec un engagement de 2.000 km de lignes nouvelles avant 2020.
Aérien :
réduction de 50% de la consommation de carburant et des émissions de
CO2 par des programmes de recherche d’ici 2020. Réduction du bruit de
50% (moins de 10dB par mouvement).
– Autoroutes maritimes atlantique (France-Espagne) et méditerranéenne (France-Italie, France-Espagne).
Péages urbains : la décision reviendra aux collectivités locales (Sarkozy)

Bâtiment
Neuf :
programme de « rupture technologique » pour tous les bâtiments publics
qui devront être construits dès 2010 en basse consommation (50
kwh/m2/an). Pour le privé à partir de 2012.
Ancien :
rénovation thermique de tous les bâtiments publics associée à des
travaux d’accès aux handicapés d’ici 2015. Bilan énergétique
obligatoire dès 2008, l’Etat s’engageant à effectuer la rénovation de
ses bâtiments dans les 5 ans.
Dans le privé, mise en place de « mécanismes incitatifs puissants » (crédits d’impôt et prêts)

Fiscalité (annoncé par Nicolas Sarkozy)
– « Je m’engage à ce que la révision générale des prélèvements
obligatoires se penche sur la création d’une taxe ‘climat-énergie’ (ou taxe carbone), en contrepartie d’un allègement de la taxation du travail
TVA à taux réduit sur tous les produits écologiques qui respectent le climat et la biodiversité

Energie
– Développement des énergies renouvelables pour atteindre 20 millions de tonnes équivalent pétrole d’ici 2020
Bilan carbone pour toute entreprise de plus de 50 personnes
– Interdiction des lampes à incandescence en 2010
– Extension de « l’étiquette énergie » à tous les appareils électriques de grande consommation

Santé
– Interdiction de 50 substances jugées particulièrement toxiques – les CMR 1 et CMR 2, cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques – dont 30 dès 2008.
– Air extérieur : lancement d’un plan particules
« dans les prochains mois » avec fixation d’un seul maximal de 15
microgrammes/m3 (particules fines PM2,5) visé en 2010 et rendu
obligatoire en 2015(-30% par rapport à aujourd’hui).

Déchets
– Pour tout nouveau projet d’incinérateur,
prouver qu’il s’agit de « l’ultime recours ». « Pas de nouvel incinérateur
sans que la destruction des déchets ne serve à produire de l’énergie. »
(Sarkozy).
Le Grenelle poursuit sa réflexion pendant douze semaines sur le traitement des déchets et la place de l’incinération.

Démocratie écologique
– Une expertise sur le bilan écologique et énergétique des agrocarburants de
première génération, confiée à l’Agence de l’environnement et de la
maîtrise de l’énergie (Ademe), devra permettre de déterminer la part de
ces agrocarburants dans le portefeuille énergétique français.

 

Entretien avec le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire

Stéphane Lhomme : « Le Grenelle de l’environnement est une défaite majeure pour l’écologie »

LEMONDE.FR | 31.10.07 | 16h51  •  Mis à jour le 07.11.07 | 14h18

En
conclusion du Grenelle de l’environnement, le président Nicolas Sarkozy
a souligné que pour lutter contre le réchauffement climatique, la
France doit opter pour l’énergie nucléaire, sinon elle devra  »renoncer à la croissance ». Réfutez-vous cette alternative ?

Si
le nucléaire permettait vraiment de limiter les émissions de gaz à
effet de serre et de suppléer au pétrole, il serait peut-être légitime
de discuter de cette option. Mais selon l’Agence mondiale de l’énergie
(AIE), le nucléaire ne couvre que 6 % de la demande mondiale d’énergie,
une part si faible que son impact sur le climat est quasi nul. De plus,
contrairement à ce qui nous est souvent dit, cette part va encore se
réduire dans les années à venir : l’AIE reconnaît que la part du
nucléaire dans l’électricité mondiale va passer de 17 % à 12 % en 2030,
c’est-à-dire environ 5 % de l’énergie primaire mondiale, soit moins de
2 % de la consommation mondiale d’énergie. Tant qu’on croit que le
nucléaire va empêcher, même partiellement, le réchauffement climatique,
ce dernier aura de beaux jours devant lui.

Les ONG écologistes qui ont participé au
Grenelle de l’environnement ont très vite accepté que l’avenir du
nucléaire civil français reste en dehors du débat. Comment jugez-vous
cette acceptation ?
Ces associations ont certainement estimé
qu’elles pourraient se rattraper sur d’autres thèmes (biodiversité,
transports, etc). Ce qu’elles n’ont pas compris, c’est qu’en se pliant
au « préalable pronucléaire », imposé par M. Sarkozy, y compris son
incroyable accord nucléaire avec le dictateur libyen Kadhafi, elles
sont allées à la négociation déjà vaincues, soumises. Logiquement,
elles ont été balayées sur l’ensemble des dossiers. En effet,
contrairement à tout ce qui nous a été affirmé par la puissante
communication élyséenne, le Grenelle est une défaite majeure pour
l’écologie :
– réduction des pesticides… « si possible » 
– moratoire autoroutier sauf contournements d’agglomérations ou « points noirs », autant dire que la plupart des projets actuels seront validés 
– OGM  :  un gel… pendant l’hiver 
– moratoire sur les incinérateurs  :  sauf en « dernier recours »… ce qui ne manquera pas de se produire 

Le sommet a été atteint avec le nucléaire  :  M. Sarkozy a abusé l’opinion en annonçant qu’il n’y aurait pas de « nouveaux sites ».
Or, les projets de nouveaux réacteurs sont tous prévus dans des sites
déjà existants ! Dans
un pays où il y a 58 réacteurs en service (plus une douzaine déjà
arrêtés, qui restent à démanteler), des projets à foison (EPR, ITER,
etc.), des sites nucléaires gigantesques (La Hague, Tricastin,
Cadarache, Marcoule, Bure, etc.), l’attitude des associations
« compatibles Grenelle », qui ont baissé pavillon sur ce sujet, est tout
simplement indigne.

L’écologie
politique s’était jusqu’ici plus concentrée sur la lutte contre le
nucléaire, la sortie du pétrole venant bien après. C’est en train de
changer, semble-t-il…
C’est en train de changer dans le
discours du pouvoir et celui des éditorialistes. Ce sont eux qui ont
« décrété » que, subitement, le nucléaire n’était plus un problème, et
même que c’était une « solution », et ce discours s’est imposé en
continu. A force de répéter des choses parfaitement fausses, elle ont
fini par devenir « vraies ». En réalité, jamais la facture énergétique de
la France n’a été aussi élevée. Et encore, il faut y ajouter la facture
nucléaire (démantèlement, déchets) qui s’annonce astronomique. Entre
2003 et 2005, c’est l’Allemagne qui est exportatrice nette
d’électricité vers la France, elle ne sort donc pas du nucléaire « en important l’électricité nucléaire française ».
Tout est à l’avenant : le nucléaire ne subsiste que grâce à des
mensonges d’Etat entretenus par la publicité ou les discours du
personnel politique.

Du Maroc à l’Iran en passant par
l’Egypte, beaucoup de pays en développement souhaitent faire appel au
nucléaire. Ont-ils un autre choix, compte tenu du coût de développement
des énergies renouvelables ?

Il faut bien comprendre que,
même si ces pays développent – hélas – des programmes nucléaires, cela
ne couvrira qu’une part infime de leur consommation énergétique. Même
la Chine, qui annonce 40 nouveaux réacteurs, espère seulement couvrir
ainsi 4 % de son électricité, soit 0,7 % de sa consommation d’énergie.
Dans ces dossiers, le nucléaire n’est en rien un outil d’indépendance
énergétique : ce qui est en jeu, c’est soit une forme de « fierté » mal
placée (du genre « Nous aussi, nous avons du nucléaire »), soit
des considérations géopolitiques (ce sont les Etats-Unis qui poussent
l’Egypte à relancer son programme nucléaire, pour contrecarrer la
montée en puissance d’autres pays). Mais, dans tous les cas, il faut
bien noter que ce ne sont jamais les peuples mais les dirigeants –
souvent des autocrates – qui veulent du nucléaire.

Les antinucléaires sont souvent accusés de faire le jeu des pétroliers. Que répondez-vous ?

Il se trouve que nous dénonçons autant les uns que les autres car,
contrairement à une idée reçue, ils ne sont pas concurrents mais ont
des intérêts identiques : faire en sorte que nous consommions toujours
plus d’énergie, litres de pétrole ou kilowattheures d’électricité. Leur
seule crainte est la mise en place d’une société sobre qui
développerait les économies d’énergie et les énergies renouvelables…
et sabrerait leurs profits. D’ailleurs, en France, Total et Areva sont
actionnaires croisés. Aux Etats-Unis, le plan énergétique de Bush
impose de nouveaux forages pétroliers et de nouveaux réacteurs
nucléaires. Autre exemple, c’est l’industrie nucléaire qui offre
l’énergie nécessaire à l’extraction du pétrole des sables bitumineux de
l’Alberta (Canada).

Propos recueillis par Matthieu Auzanneau

   

Le Grenelle n’est qu’un début : nous ne lâcherons pas !

Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France

Paris, France
— Yannick Jadot, directeur des campagnes de Greenpeace France et
porte-parole de l’Alliance pour la planète, a participé aux
négociations du Grenelle de l’environnement et dresse un premier bilan.
   
 

Vendredi 26 octobre au soir
s’est achevée la première phase du Grenelle de l’environnement. Après
quatre mois de travail intense pour nos équipes d’experts et de
négociateurs, des actions fortes pour faire monter la pression et trois
jours de négociations, nous avons créé un rapport de force pour faire
bouger les lignes. L’urgence écologique et la pertinence de nos
analyses et des campagnes que nous menons depuis des années sont enfin
reconnues.

Lors de ces négociations, Greenpeace a défendu des positions claires et fermes.
Notre expertise et notre indépendance ont positionnés Greenpeace comme
un acteur incontournable de ces négociations. Quelques exemples des
avancées les plus significatives que nous avons obtenu :

  • OGM
    : la France s’engage vers le moratoire que Greenpeace réclamait. Le
    risque des OGM et l’impossibilité de contrôler leur dissémination ont
    été reconnus, et l’impact sanitaire et environnemental des OGM va
    désormais être mieux évalué ;
  • Efficacité énergétique :
    le programme « rénovation thermique des bâtiment » proposé par
    l’Alliance a été entièrement accepté, et un plan national de rénovation
    de 400 000 logements par an va être mis en œuvre ;
  • Énergie
    : les ampoules à incandescence seront interdites à partir de 2010, et
    d’ici à 2020, les renouvelables représenteront au moins 20 % du mix
    énergétique.

Si ce qui a été acquis est significatif au regard
des attentes formulées par l’Alliance et par Greenpeace, il reste
encore beaucoup de chemin à parcourir. Certaines mesures de rupture
indispensables pour faire face à la crise écologique, et qui concernent
des sujets qui pèsent très lourdement sur notre environnement, n’ont
pas été retenues
:

  • Nucléaire : aucune remise en cause du programme EPR alors que les économies d’énergie envisagées le rendent d’autant plus inutile ;
  • Océans : pas de moratoire sur le thon rouge alors que les stocks en Méditerranée s’effondrent ;
  • Forêts : l’enjeu global que représente la déforestation en zone tropicale (Amazonie et bassin du Congo) a été à peine débattu ;
  • Santé et environnement/Toxique
    : pas de moratoire sur l’incinération pour développer la valorisation
    des déchets. Sur ce point, les négociations vont d’ailleurs se
    poursuivre pour aboutir d’ici la fin de l’année.

Or dans ces domaines, il y a urgence !
Voilà pourquoi nous nous sommes déjà remis au travail. Nous allons
d’abord suivre avec une grande vigilance la mise en œuvre des mesures
annoncées, pour que les paroles se transforment réellement en actes. Et
nous allons également continuer à faire bouger la société, à maintenir
la pression pour convaincre que la France doit dépasser certaines
contradictions. Pour être vraiment à la hauteur du défi climatique, on
ne peut développer les renouvelables et continuer à faire l’EPR. De
même, on ne parviendra jamais à réduire et recycler correctement nos
déchets tant qu’on construira des usines d’incinération. Rien ne sert
enfin de prétendre protéger les forêts ou les ressources halieutiques
sans prendre des mesures drastiques.

Si le rapport de force en
faveur de l’environnement existe désormais dans la société, c’est grâce
à vous qui nous soutenez. Nous avons aujourd’hui besoin de votre
soutien pour obtenir des actes, continuer à avancer et à gagner les
transformations radicales que nous portons et pour lesquelles le
Grenelle n’est qu’une première étape. Nous ne lâcherons pas !

      

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